Voici ce qui était arrivé. Dans la journée des prisonniers, au nombre de cinquante, s’étaient évadés. Les zaptiés s’étaient mis à leur poursuite et en avaient blessé plusieurs qu’ils ramenaient dans la ville sur brancards. On m’avait tout simplement pris pour un bandit rapporté dans ces conditions et que l’on aurait été très aise d’écharper.
C’était évidemment une série noire, et je commençais à me demander si jamais je reverrais ma demeure.
Enfin, sans autre accident, on parvient à me monter, toujours immobile sur le brancard, jusque dans ma chambre.
Au moins, si je meurs, je mourrai chez moi ! C’est préférable à la grande route !
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J’ai peu de confiance dans la médecine et les médecins du pays. L’extrême réserve que je professe à leur endroit est d’ailleurs partagée par tous les Européens du pays, — et pour cause !
Par signes, car je ne puis prononcer une parole, je fais comprendre à mon ami mon désir de faire prévenir l’ambassade française et de réclamer les soins d’un des médecins que subventionne à Constantinople le gouvernement de la République.
On expédie cette dépêche :
« D… ayant fait une chute de cheval est très grièvement blessé à la tête. Il demande docteur M… par premier courrier. »
Et mon ami, tout en pansant mes blessures, en me rendant les mille petits soins qu’exige un paralytique, m’encourage à prendre patience ;… l’ambassade ne peut manquer d’envoyer son médecin,… déjà, pour mon prédécesseur, on a agi de même quand, peu de jours après son arrivée, il fut terrassé par la fièvre typhoïde,… sur une dépêche identique à celle précitée on a fait tout de suite le nécessaire,… on n’a même pas voulu que le médecin attendît le départ du courrier,… on a fait chauffer le Pétrel, le stationnaire français, et, dans la même journée, le docteur M… était au chevet du malade… etc. etc…