Que s’ils continuent ainsi à compromettre l’avenir matériel de la France, son prestige et son honneur, il pourra très bien se faire que prochainement on les interdise politiquement pour cause d’incapacité notoire, et si on leur fait payer, en plus des dépens du procès, les indemnités légitimes, ce ne sera que justice.
Ce jour-là, — et pour le bien du pays il est à désirer qu’il arrive le plus tôt possible, — ceux qui l’auront amené de par leur nullité devront s’estimer fort heureux si la nation, dans sa traditionnelle mansuétude, ne les poursuit point au criminel. Car l’ambition est un crime lorsque la vertu et les talents ne l’accompagnent point. Or, j’ai beau chercher, je ne vois dans notre personnel politique, hélas ! qu’en quantité minime les vertus et surtout les talents.
Aussi le résultat est-il celui-ci : l’isolement de la France de ce que l’on appelle par euphémisme le concert européen, isolement qui ne nous permet pas de jouer notre rôle, qui nous interdit de faire prévaloir nos justes droits et ne nous laisse pas même obtenir des conditions avantageuses dans les plus simples traités de commerce que nous négocions !
Ne suffit-il pas, hélas ! de passer la frontière pour voir comme ce grand nom de la France a perdu de son éclat, comme on n’a plus pour nous qu’une sympathie basée sur d’anciens souvenirs et par suite tirant peu à conséquence quant au présent ; comme on nous raille, comme on nous bafoue, comme on te met en croix, pauvre patrie ! sur la foi des aimables sceptiques qui te représentent généralement encore à l’étranger et qui, hostiles aux idées républicaines, sont assez peu patriotes pour discréditer la France en se moquant agréablement de la République !
Il est temps vraiment que cette comédie finisse. Il est temps qu’une autorité puissante vienne mettre à la raison et fasse rentrer dans le rang ces « ministres intègres, conseillers vertueux », qui ne pouvant plus « piller la maison » s’évertuent à la diffamer. Il est grand temps que la République se donne enfin un gouvernement fort qui mette un terme, à l’intérieur, à nos querelles de mots et de politique byzantine, et qui, à l’extérieur, restitue à la France la considération à laquelle elle a le droit de prétendre.
Et il faut le dire hautement, sans crainte, ce prestige qu’il nous importe de reconquérir ce n’est pas en émiettant nos forces, en les dispersant au hasard sur tous les points du globe que nous le retrouverons.
Nous ne sommes plus malheureusement assez puissants pour agir ainsi sans nous affaiblir ; nous n’avons plus les bras assez solides pour ne pas mal étreindre à vouloir trop embrasser.
Certes aller au Congo est une belle chose et qui plaît par son côté mystérieux ; Madagascar aussi ne manque pas de charmes, et le Tonkin est supposé être aussi plein de ressources que d’imprévu.
Mais n’est-ce point là réellement de la fantasmagorie de politique extérieure ? Cela repose-t-il sur un principe, sur une idée pratique ? Quand on aura dépensé, — toujours pacifiquement, c’est entendu en théorie, — l’argent et le sang français pour ouvrir de nouveaux débouchés commerciaux à l’activité des peuples civilisés, qui en profitera ? Pouvons-nous espérer que ce sera nous qui coloniserons ces nouvelles conquêtes de la civilisation et qui en monopoliserons avec avantage le commerce ?
Est-ce nous qui serons assez âpres au gain, assez audacieux, assez habiles, assez forts pour nous maintenir en maîtres dans l’autre hémisphère, — nous qui faisons preuve d’une si grande hésitation lorsqu’il s’agit de l’extension, ou simplement de la sauvegarde, de nos droits acquis, de nos intérêts, là, à deux pas, presque chez nous, dans le bassin de la Méditerranée.