Les fabricants qui exercent cette industrie à Brousse se composent d’Arméniens, de Grecs, de Turcs et de Français. Ces derniers ne prennent part à l’industrie que dans la proportion de 15 % seulement. Ainsi sur environ 2500 tours dont sont composées les fabriques de soie à Brousse, il n’y a que 375 tours au maximum travaillant pour le compte des fabricants français. Ce chiffre a été malheureusement réduit encore en 1880 à 10 %, soit 250 tours environ.
On peut classer les fabricants de soie à Brousse en deux catégories, savoir :
Les fabricants réalisant leurs produits sur place ; les fabricants consignant ou vendant leurs produits directement à Lyon.
Depuis une dizaine d’années la majorité des fabricants semble vouloir rentrer dans la première catégorie, c’est-à-dire vouloir réaliser sur place. Cela tient surtout à ce que, au début de la récolte, les maisons lyonnaises ne font plus, — comme auparavant, — des avances de fonds à découvert à valoir sur les soies que les fileurs de Brousse s’engageaient à leur consigner dans le courant de l’année séricicole. Ce mode engageait les fabricants de Brousse, ou plutôt les forçait à consigner leurs produits à Lyon. La modification survenue dans cette manière d’opérer est dans l’intérêt commun des filateurs indigènes et des maisons lyonnaises ; elle prévient dans une certaine mesure la spéculation et les risques qui en résultaient.
Quelques fabricants de Brousse continuent cependant à jouir du privilège d’anticipation à découvert. Ce sont ceux qui vendent directement ou expédient en consignation à Lyon et le propre produit de leurs usines et celui des autres filateurs desquels ils achètent sur place, d’où la distinction des deux catégories des fabricants vendant à Brousse et de ceux vendant à Lyon. C’est dans cette dernière classe qu’est comprise une maison allemande (agent de plusieurs maisons lyonnaises), avec cette différence que, contrairement au système des autres maisons, celle-là a la prudence de ne point produire elle-même ; elle achète simplement le produit de certains fabricants qu’elle s’attache en faisant des avances de fonds. Elle passe pour centraliser le tiers des affaires qui se traitent sur le marché de Brousse.
II
LES PROCÉDÉS DE FABRICATION
Dans les filatures de Brousse les procédés ne diffèrent que par les détails avec ceux en usage dans les manufactures européennes, et un peu aussi naturellement par le degré de perfection.
Les cocons sont apportés au khan de Brousse, de fort loin quelquefois, par les paysans grecs ou turcs qui ont mené à bonne fin un peu de graines.
On verse ces cocons dans des grandes mannes en osier, au milieu de la vaste cour du khan, et on les trie, séparant les bons des médiocres et ceux-ci des mauvais.
Les bons cocons sont de forme ovale, d’environ 3 centimètres et demi de longueur, lisses et fermes partout, élastiques au toucher ; il y en a qui sont minces comme du papier, ce qui ne les empêche pas d’être quelquefois bons, mais ce qui leur enlève de la valeur, attendu que c’est au poids (la chrysalide étant à l’intérieur) qu’on évalue les cocons. Certains sont minces en quelques endroits et épais partout ailleurs. C’est un signe que le fil a été rompu à l’endroit aminci, et la valeur en est fort amoindrie, à cause du déchet considérable qui peut en résulter au dévidage. D’autres cocons sont troués et vides : l’insecte s’est transformé dans le trajet, il a percé son enveloppe devenue inutile pour lui, et s’est échappé, laissant un cocon absolument sans valeur.