Dans chaque bassine on a versé une eau d’apparence savonneuse, nous dirons tout à l’heure pourquoi, dans laquelle on jette les cocons ; ensuite l’eau de la bassine est portée rapidement à l’ébullition, par le moyen de la vapeur qu’un tube disposé à cet effet y amène.
En quelques minutes, le cocon perd sa belle couleur jaune et passe au brun pâle ; on arrête alors l’ébullition, et les cocons flottant sur l’eau sont légèrement brossés, ou plutôt battus avec une sorte de petit balai composé de brindilles, rappelant du reste le petit balai de bruyère fine qui sert au même usage dans nos manufactures. Cette opération a pour but de faire découvrir les extrémités des fils des cocons ; l’ouvrière prend dans la main gauche tous ces « bons brins », et, rejetant de la main droite les autres cocons dans un coin, elle continue de les battre jusqu’à ce qu’elle ait pu en détacher l’extrémité des fils.
Cela obtenu, elle forme deux groupes de cinq cocons chacun, dont les fils réunis sont passés dans un petit trou circulaire pratiqué à chaque extrémité des deux branches en cuivre recourbées d’un support fixé à la table en face de la bassine, et par conséquent de l’ouvrière. Les cinq fils réunis n’en forment plus qu’un, s’élevant de la bassine, dont les brins, après s’être enroulés les uns sur les autres, afin que le frottement les lisse bien, passant par quelques crochets fixés à des barres transversales, vont s’enrouler sur les dévidoirs auxquels un arbre de couche qui traverse toute la salle imprime un mouvement de rotation.
Au bout de cette vaste pièce, on peut voir deux ou trois dévidoirs spécialement occupés à filer une soie d’apparence grossière et remplie de nodosités. Cette soie provient de cocons contenant des chrysalides jumelles, et dont il se trouve ordinairement de 1 à 2 %, dans une livraison de 2,000 ocques. Elle a beaucoup moins de valeur que l’autre, et n’est employée que dans le pays même.
Une odeur sui generis sature l’atmosphère de ces ateliers et de l’établissement tout entier ; mais elle augmente encore à mesure qu’on approche d’un petit bâtiment séparé et ouvert à tous les vents.
Dès le seuil de la porte, en effet, l’odeur de marmelade de vers à soie est réellement suffocante ; au fond de la pièce un homme est occupé à piler dans une espèce d’auge, et au moyen d’un lourd maillet de bois, toutes les chrysalides étouffées au milieu de leurs cocons, auxquels on a maintenant enlevé leur soie.
Cette opération a pour but d’extraire le lait de ces chrysalides, c’est ainsi que l’on désigne le jus épais, blanchâtre et nauséabond, produit par ce pilage. De ce liquide épais on mêle une petite quantité à l’eau des bassines où trempent les cocons, dans l’atelier de dévidage ; cette mixture donne, paraît-il, une grande élasticité aux fils de soie.
III
LES MURIERS. LES GRAINES. LES MAGNANERIES. — LE SYSTÈME PASTEUR
Le vilayet de Hudavendighiar a produit par année jusqu’à 350,000 ocques, ou 448,700 kilogrammes environ, de soies grèges de filature ou de qualité secondaire dite de grand guindre.