Elle sue, la langue des médisants, comme la langue du chien, elle sue une sueur qui fait trou dans la chair des damnés.

Barzas Breiz.

«Toujours trop tôt!» Georges entendait cette phrase sonner un tocsin dans l'effroi de son cœur, d'échos en échos répercutée, comme le cri de toutes ses alarmes et le glas de tout son courage.

—Toujours trop tôt!

Jeanne l'avait dit, le mot qu'il n'osait dire, auquel même il n'osait penser, de peur que sa lâcheté y trouvât l'excuse dont elle avait besoin pour un silence infâme: le mot qui ramenait triomphalement les doutes et les terreurs, sanglot de l'amitié éplorée qui, sous le poids d'un premier crime, s'épouvantait d'en commettre un second.

Jeanne sentit qu'elle avait frappé juste.

—Je peux tout sauver encore. Soyons habile.

Elle s'ingénia à ne montrer dès lors qu'une tristesse inquiète et qu'elle feignait de maîtriser; elle voulait que Georges lui supposât une angoisse pareille à la sienne, afin de l'amener à comprendre avec elle que cette angoisse devait rester secrète, et qu'il fallait à tout prix, pour le repos de l'ami, conserver entre eux seuls la douleur de l'irréparable.

Elle se fit riante parfois, mais d'une gaieté brusque et qui tendait à paraître contrainte, comme si son visage ne fût qu'un masque sur le deuil de son âme.

Georges avait une peine trop mortelle pour se distraire de si peu.

—Toujours trop tôt!