—Connais-tu Bazile et la province? Tiens, lis ça!

Dès la seconde ligne, Georges avait deviné: la feuille remuait entre ses doigts et les mots dansaient sur la page.

«Monsieur.

«Veuillez croire que ma haute estime et ma sympathie seules me font une douloureuse obligation de vous déclarer ce qui, malheureusement, n'est plus ici un mystère pour personne, et dont tous les honnêtes gens sont chagrinés pour vous.

«J'ai pensé qu'en vous informant d'un scandale qu'il est impossible maintenant de réparer, je vous aurais du moins mis en état d'y couper court et d'arrêter les mauvais propos qui circulent sur votre aveuglement ou votre bienveillance.

«On a beaucoup trop causé déjà de Mme d'Arsemar et de votre ami, et vous pourriez, en interrogeant ceux qui sont plus que d'autres à même de vous fournir des preuves et des détails, acquérir comme nous la certitude qu'il ne vous convient pas de conserver plus longtemps sous votre toit l'homme qui a trahi votre confiance et déshonoré votre beau nom.

«Vous me permettrez de ne pas insister davantage sur une situation que ma dignité me défendrait d'approfondir, et, comme j'ai la conscience de vous avoir loyalement rendu un signalé service, vous apprécierez la discrétion qui me conseille de dérober à votre gratitude le nom d'un

«Ami inconnu.»

Georges défaillait: il se jeta dans les bras de son ami, abîmé de douleur et de honte.

—Pardon…

—Eh bien? Mais es-tu un enfant, Georges, et vas-tu te navrer pour les ignominies d'un autre? Je t'aurais cru mieux armé contre tes frères, et tu me donnes presque regret de t'avoir apporté cette ordure.

—Mon Pierre, pardon!…

Cette phrase fut tout ce que pouvait son besoin renaissant de confesser leur crime.

—Misérable! cria-t-il, dans l'angoisse de son remords et de sa lâcheté consciente.

L'injure n'était que pour lui seul; Arsemar la comprit pour les autres.