Ce qui, dans les trop grands chagrins, nous éloigne de la guérison, c'est moins l'impuissance à savourer encore quelque plaisir, que l'ennui dont nous accueillons tous les désirs qui voudraient naître: et de quoi jouit-on sur terre, en dehors du désir?

—Ah, reste là, se disait-il, puisque tu es là! Laisse tourner les malheurs, laisse la vermine des misères monter jusqu'à toi et te mordre! Un écœurement qui te chasse t'enverra en trouver un autre; celui qui t'arrête ici t'empêchera d'en poursuivre un nouveau. Pleure là, puisque tu es là, pleure tout simplement; il faut toujours qu'on pleure, et n'importe où, et n'importe pour quoi!

Il voulut se réfugier dans l'intimité des pêcheurs, et s'en alla tirer la senne dans les marais; mais sur tout sujet ils lui parlaient de Georges. A quoi servent les manœuvres que nous tentons contre nous-mêmes? L'âme qui cherche sa guérison n'oublie pas qu'elle veut se guérir; elle se le répète, et le calcul neutralise le remède.

Arsemar devenait impatient et nerveux.

Une semaine s'écoula encore.

Toujours cette pluie qui brouillait l'horizon! Ne rien pouvoir sur la nature ou sur son cœur!

Un soir, Georges demanda:

—Tu souffres, Pierre?

—Non, je m'ennuie!

IV