—En Italie…
—Si!
Desreynes fut épouvanté; il tenta quelque résistance infructueuse: il fallait partir.
Arsemar eut une grande joie de cette résolution, et une immense volupté. Il allait donc pouvoir se jeter éperdument dans toute sa misère, s'y rouler à l'aise et sans répit, s'y abîmer et s'y noyer; il allait la boire et la respirer: dans cet air empesté d'amour, il s'en imprégnerait par tous ses pores. Rien ne lui proposerait l'oubli; tout crierait de souffrir! Il en avait assez, de ce lâche bannissement, de cet exil hors de soi-même, de cette tension malingre à éviter tout ce qui le hantait. Puisque l'homme ne peut s'arracher de son moi, qu'il ait du moins le courage de le regarder en face!
Car nous sommes plus avides encore de nos souffrances que de nos joies, et quand on a bu du malheur, on presse la coupe pour en faire tomber quelque goutte nouvelle, et n'en rien perdre.
Georges, en quittant cette presqu'île, sentit bien qu'il y devait laisser l'espoir des guérisons prochaines; la nature, qui l'avait secondé ici, serait ailleurs sa constante ennemie.
Il contemplait avec angoisse celui qu'il emmenait vers les terres maudites.
Hélas! Pierre avait perdu son beau calme divin, qui le faisait grave dans le bonheur et austère dans l'infortune. Georges sentait son pouvoir sur cet homme lui échapper de jour en jour; il n'était plus le maître de cette âme anxieuse, qui commençait à secouer les conseils et craindre les tendresses, comme un enfant malade.
Ils traversèrent la France sans un arrêt, longeant les villes, coupant les fleuves, trouant les monts.
—Fuis, fuis! Essaye de te fuir! Où courons-nous?