Il savait, maintenant, il était sûr.

A cela donc, tout avait abouti!

Il rassembla dans son cœur une force d'homme dont nul ne l'aurait cru capable; une volonté de Titan naquit de son épouvante; la révolte décupla sa virilité: puisqu'il avait affaire à un fou, il le traiterait avec un despotisme de tyran; pardieu! dans sa rage de le sauver, et fou à son tour, fou de sa force et de son vouloir, il l'eût presque tué pour l'empêcher de mourir!

Il l'empoigna par le coude et lui fit descendre la montagne: sans mot dire… Pierre se sauvait en avant, par immenses enjambées, avec une gaminerie d'enfant. Georges le planta sur son cheval, que Pierre fit galoper au risque ou dans l'espoir de se rompre le cou.

Ils arrivèrent à Pompéi: Arsemar dîna d'excellent appétit; il souriait; il monta sur la terrasse de l'hôtel, au lever de la lune qui d'un argent doré glaçait les champs de fèves, si bleus, si placides, rayés de noir par la profondeur des sillons, pareils aux vagues d'une mer morte.

Georges le suivait pas à pas. Il coucha dans sa chambre. Pierre souriait.

Au matin, Desreynes boucla les valises, et sans demander avis, fit atteler une voiture. Arsemar le laissa tout faire et se laissa conduire en souriant: comme ils passaient devant Portici, il sifflota gaiement un air de la Muette.

Depuis la veille, ils n'avaient pas échangé une parole.

Le jour même, ils partirent pour Palerme: Pierre obéissait sans quitter son énigmatique sourire.

Cette ridicule et périlleuse attitude ne pouvait se prolonger ainsi; Georges parla: on lui répondit, d'un ton ironique, quelque banalité qui voulait mettre un mur.