La nuit vint.

Arsemar, accoudé sur le bastingage, regardait les eaux montueuses dont la sombre épaisseur remuait par myriades le peuple des phosphorescences; la lune glissait son miroitement sur la pente et dans le creux des flots; l'écume chantait à la proue. Il humait le vent de la nuit, et se berçait dans les tangages.

La résolution de mourir, qu'il avait gestée sans le savoir, et proclamée dans la démence, cent fois depuis hier il l'avait reprise et arrêtée: non plus gravement, mais avec la rancune taquine d'un espiègle qui veut se venger: restaient seulement à chercher l'occasion et le moyen.

Cependant, l'inéluctable paix de ces deux forces, la mer, la nuit, le gagna peu à peu.

La certitude que bientôt il ne serait plus acheva de lui rendre, sinon la sérénité, du moins la raison qui pèse la vie.

Desreynes était à son côté: cette persistante surveillance qui l'avait offusqué tantôt le toucha maintenant. Malgré tout, on l'aimait. Encore une fois il eut honte et remords. Quel chagrin ne léguerait-il pas au frère abandonné?

L'âme s'épure, devant la tombe qui s'entrouvre.

Il ne s'agissait pas de sa mort, mais de la leur.

—Ce qu'il a fait par égarement, je le ferais par volonté!

Le survivant survivrait peu, et telle était encore la meilleure espérance qu'il pût se permettre en partant, car le trépas serait, pour cet autre damné, le seul refuge, le seul accueil, le seul oubli.