—Ça ne vaut rien, dit Georges: c'est de la littérature. N'importe! Ne te révoltes-tu pas, comme moi, devant la poncivité bourgeoise des pères de famille qui méprisent la raison des adolescents, et sourient niaisement de tout ce que les enfants peuvent songer ou vivre? Étions-nous alors plus sots qu'aujourd'hui?

—Notre tête ne valait guère moins et notre cœur valait bien plus.

—Je te trouve indulgent, mon cher. On ne prend avec les années que la conviction de son importance; jeune, on avait moins de vanité et pas moins de mérite; le monde compte plus de cancres que le lycée, et le niveau d'une Chambre parlementaire, d'un salon, d'un bureau de journal ou de ministère est relativement inférieur à celui d'une étude de rhétorique: on vote des lois au lieu de les apprendre, on joue de l'or au lieu de billes, on récite des discours au lieu de les écrire, on est payé de son travail au lieu de payer pour lui…

—On formule des paradoxes…

—N'avions-nous pas déjà notre sagesse et nos formules?

Georges tournait les pages d'un cahier bleu, célèbre autrefois, qu'Arsemar avait noirci de ses aphorismes philosophiques.

Il lisait au hasard, fièrement, d'une voix sonore.

«Quand je dis que Dieu me regarde et me juge, c'est que je me regarde, et que je me juge.»

«La vertu, qui est une force de la pensée, n'a pas de puissance contre l'amour, qui est une force de la nature.»

«Quand deux hommes discutent, exprimant des idées diamétralement contraires, est-il bien sûr que l'un soit plus près que l'autre de la vérité?»