—Pierre va rentrer: il ne faut pas qu'il voie que j'ai pleuré.

Ils s'en allèrent au bassin d'une source, où Jeanne voulait laver ses yeux rougis; elle se pencha vers l'eau et tendit les deux bras; mais elle s'arrêta dans son geste et se redressa, toute rose: elle avait peur de plonger ses mains dans la fraîcheur de l'eau.

—Aidez-moi, dit-elle.

Des acacias formaient toiture.

Merizette offrit son mouchoir, dont Georges baigna le coin, et, debout devant elle, il lui mouilla les yeux. Cambrée, le buste en avant, Jeanne levait le visage. Elle avait fermé les paupières, et, par instants, remuait les cils où tremblait une goutte; un long fleuve serpenta jusqu'à ses narines, et, chatouillée, elle les fronçait furieusement en secouant la tête, comme une jeune chatte dont on agace les oreilles. Tous deux riaient. Georges se baissait et se relevait tour à tour.

—Vous êtes gentil, dit-elle.

Puis, s'essuyant:

—Est-ce que cela se voit encore?

Elle voulut se promener jusqu'au retour de Pierre. Ils suivaient des sentiers, les quittaient pour d'autres, passaient, repassaient: leur double silhouette se perdait entre les bosquets et les taillis, pour reparaître plus loin. Ils traversèrent les pelouses. Plus de tristesse; ils s'interrogeaient et répondaient gaîment.

—Racontez-moi donc l'histoire de cette reine des Indes dont vous fîtes la conquête et dont le mari jaloux…