—Mon cœur en bat encore.
—Pauvre garçon, tiens! On l'avait enfermé dans un couvent.
—Faut-il qu'il y ait des parents barbares!
La brune Cléanthis, qui portait des fleurs rouges dans les cheveux et qui osait plus que les autres, se rapprocha du maître pour le confesser: elle s'assit tout près de lui, hanche contre hanche; elle lui parlait à l'oreille, il répondait à voix basse, et à mesure qu'ils devisaient, un double étonnement allongeait leurs deux visages. Alentour, les belles servantes observaient, intriguées. Cléanthis, avec des gestes vifs et des yeux brillants de gaieté, semblait affirmer quelque chose dont le prince doutait encore; enfin, elle éclata de rire et s'écria:
—C'est trop drôle, figurez-vous... Il croit que... Il ne veut pas croire que...
Elle dut essayer de plusieurs formules successives pour expliquer, tant bien que mal, la naïve illusion du néophyte qui pensait ne plus avoir droit à retrouver jamais l'ivresse évanouie.
—Qu'est-ce que nous ferions sur terre, alors?
Elles le raillèrent à l'envi, ayant perdu tout respect d'un homme si naïf, car on admet généralement que la candeur est une vertu féminine et un vice masculin. Pressées autour de lui et parlant toutes ensemble, elles s'offraient à lui prouver son erreur, sans délai. Cléanthis réclamait la priorité; on la lui reconnut. D'un geste souverain, elle congédia ses amies et la preuve fut administrée.
—O maître aimé, doutes-tu encore maintenant?
—Eh! fit Dieudonat, voilà qui change notablement l'aspect du monde! La vie n'est plus du tout ce que j'imaginais! Je n'en connaissais rien qui vaille, et j'ai perdu mon temps! En vérité, le Paradis Terrestre existe encore, quoi qu'on en dise, et c'est offenser Dieu que de se détourner volontairement du meilleur don qu'il nous octroie! J'étais impie, tout simplement, et sans le savoir: Dieu m'a châtié de mes dédains, c'est justice! Il faut cependant constater que tout n'était pas de ma faute: les livres m'ont trompé. Sais-tu lire, Cléanthis?