—Non.

—Et pourtant, tu es bien savante, puisque tu m'as instruit, moi qui avais tout lu.

—Je sais le principal.

—En effet, ma cousine, et tu me l'as bien prouvé. Mais, peut-être vas-tu me dire comment les moralistes ont pu se mettre d'accord pour classer parmi les péchés une fête que Dieu organisa lui-même, et qu'il nous conviendrait de célébrer avec des actions de grâces?

—Sais pas.

—J'y réfléchirai plus à loisir, quand le calme se sera refait dans mes esprits. Pour le quart d'heure, il me suffit de réprouver mon égarement et de renoncer au péché d'abstinence: je ne le commettrai plus; j'entends réformer ma vie autant qu'il dépendra de moi, et quel que doive être encore le nombre de mes jours. Car j'ignore les desseins de votre roi; mais ma reconnaissance lui est acquise, désormais, même s'il me fait couper la tête.

—Sa Majesté ne songe à vous faire couper quoi que ce soit, monseigneur: à preuve qu'elle nous a recommandé de vous servir avec tendresse, et nous a tout promis si nous savons vous rendre heureux.

—Votre souverain est un philanthrope; je le jugeais fort mal, ne le connaissant que par ses exploits militaires; mais celui-là est vraiment digne du sceptre, qui s'applique à en user pour le bonheur de ses semblables. Je le lui dirai, en le remerciant comme il convient. Puisque, grâce à lui, cette demeure est mienne, je n'en sors plus; ma solitude est avec vous. Ici j'installe le couvent dont nous serons les cénobites, et nous célébrerons ensemble les œuvres d'adoration. Chères filles, j'ai fait vœu de ne plus donner que de ma personne; c'est un beau vœu, bien plus beau que je ne pensais. Rappelle tes sœurs, Cléanthis.

—Déjà, monseigneur?