—Oui, ma chère, et tout ce qu'il désire se réalise!

—Rien ne lui résiste, alors?

—Ni personne, ma chère!

—Pourvu qu'il n'ait pas fantaisie de moi, dit la Duègne-Major, qui était mûre et qui éventait ses gros charmes.

Le nouveau venu s'était arrêté au seuil de la grand'salle et son coup d'œil vérifiait les dames nobles: on en comptait là plus de cent. Il en fut aise et il approuva leur présence. Sous son regard circulaire, elles sentirent une caresse qui les effleurait toutes, et le prince s'avança au milieu des sourires.

Là-bas, au fond, le roi, sous son dais à franges d'or, trônait dans un demi-cercle de hallebardiers et de ministres qui tous appartenaient au sexe masculin et qui, par conséquent, ne méritaient aucune attention: Dieudonat, sans empressement, s'achemina vers le trône. Mais là il fut distrait, ayant découvert, au bas des marches, la princesse Aude qui le contemplait avec de grands yeux candides, et la reine Gaude qui l'analysait avec de petits yeux savants; elles lui plurent, et il salua le Roi. En même temps, il reconnut, à droite du monarque, l'archiduc Galéas-le-Borgne, qu'il s'étonna de trouver en ce lieu; depuis vingt ans, le Sérénissime continuait à attendre la mort du vieil Empereur malade qui ne se décidait point à trépasser, et l'humeur de l'héritier en était devenue de plus en plus acariâtre: déjà trois épouses successives avaient passé de sa couche au cercueil, et il était en quête d'une quatrième fiancée. A l'approche de Dieudonat, dont il se rappelait l'insolence, il fronça le sourcil sur son œil crevé, et cela était mauvais signe. Mais déjà Gaïfer proférait avec emphase:

—Prince Dieudonat, nous savons que votre père a manqué envers vous de reconnaissance et de justice; le ciel l'en a puni. La bonté paternelle que vous deviez attendre de lui, vous la trouverez près de Nous; en adoptant ses États, nous prétendons adopter son fils. Vous serez désormais le Nôtre.

Ayant parlé, le souverain se leva, descendit de son trône, vint à son hôte et lui donna l'accolade; ses royales moustaches fleuraient la bière et la lavande. Ensuite, il se tourna vers Galéas:

—Sérénissime, je sollicite pour celui-ci la haute faveur de vos bontés, et je demande à Votre Altesse de le considérer désormais comme un membre de cette maison que Votre Altesse Impériale a daigné choisir entre toutes, pour l'honorer de sa très auguste alliance.

L'archiduc répondit violemment: