—Petite Aude, ne seriez-vous pas un oiseau?

—Plaît-il?

—En sorte que si quelque autre avait mes mignonnes narines, qui font comme ça...

—Vous êtes drôle! Chacun a ses narines, et c'est les vôtres que je veux, celle-là et puis celle-ci...

Du bout de ses doigts roses aux ongles bien polis, elle picorait une narine après l'autre, et le bien-aimé laissait faire, occupé qu'il était à réfléchir sur les causes occasionnelles de l'amour, dont les origines sont si modestes et les conséquences si terribles. Mais la jeune princesse, impatientée de cette rêverie trop longue, finit par lui pincer le nez, rageusement. Dieudonat essayait de se dégager, et la pucelle s'animait, les yeux brillants, les dents enfoncées dans la lèvre, et tout son petit corps se trémoussait déjà.

—Futile enfant! dit le philosophe.

Mais sa voix si jolie était nasillarde, car la futile enfant ne lâchait pas le nez du philosophe.

A ce moment, l'eunuque accourut pour la troisième fois, et cria:

—Le Roi, Monseigneur, voici le Roi qui vient!

La princesse lâcha le nez, car elle avait besoin de ses deux mains pour les battre l'une contre l'autre.