—Il faut me suivre. Venez.

La malheureuse s'achemina, pour obéir, mais en tordant ses doigts entrelacés, et elle se lamentait:

—Ce n'est pas vous que j'aime! Je ne vous ai jamais vu! Laissez-moi!

L'ouvrier joua des coudes:

—En voilà assez, à la fin! Si vous ne lui flanquez pas la paix, à cette petite, je vas m'en mêler et vous jeter à l'eau, moi! C'est-il parce que vous portez de beaux habits, qu'on vous laissera enjôler une pauvre fille? Elle n'a que trop connu les gars de votre espèce! Il me tourne les sangs, le magot, avec ses mines de commander!

Cette énergie obtint l'approbation du peuple. Un tout petit bourgeois, vieillot et soigneusement rasé, s'avança derrière ses lunettes, et, regardant Dieudonat à hauteur du menton, il prononça ces mots:

—Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, monsieur; d'après votre vêtement, vous m'avez l'air d'un gentilhomme; néanmoins, tout noble que vous soyez, permettez-moi de vous dire que si vous êtes véritablement un eunuque, on ne conçoit pas que vous réclamiez la paternité d'un enfant, ou que vous proposiez le mariage à une jeune personne; mais on conçoit fort bien qu'elle repousse vos civilités et se plaigne de votre insistance. Il faut la laisser tranquille. Voilà mon sentiment.

—C'est bon, c'est bon, cria l'ouvrier. Trottez, la belle: on se charge de l'eunuque. Allez!

—M'en aller? Où donc aller? Je n'ai plus de maison, je n'ai plus de famille! Je voulais m'en aller dans l'eau, et maintenant je ne veux plus, parce que j'ai peur de l'enfer!