Elle s'étend sur le dos et ses cils se rejoignent, comme des ailes diaphanes; ils battent encore un peu. On dirait qu'elle attend: le sommeil, peut-être, ou un rêve? Dieudonat le pense, du moins, et rien de plus; assis à deux pas d'elle, il admire avec ravissement ce bien-être éphémère qu'il a mis dans une créature de Dieu.
Mais soudain la créature de Dieu, sans dire quelle mouche la pique, sursaute en poussant de grands cris. Sa voix aiguë jaillit, perce le paysage et file en volée de flèches, par le travers des rayons verticaux qui tombent du soleil. Épouvante ou douleur? Cet appel de bête blessée a déchiré le calme des lointains: les campagnards courbés ont relevé la tête et cherchent.
—Au secours! Au secours!
Dieudonat se penche vers la fille qui se démène dans l'herbe et dont les deux pieds s'agitent avec furie vers les petits nuages blancs qui stationnent dans le ciel bleu. Du sommet des coteaux voisins, les paysans armés de fourches dévalent à grandes enjambées, et la fille hurle toujours.
—C'est la Clémentine, avec un chemineau!
Les hommes, congestionnés par la course, et le front en sueur, arrivent, entourent le couple: les jambes nues de la petite vachère se rabattent dans l'herbe, hors de ses jupes retroussées. Pas n'est besoin d'être sorcier pour deviner ce qui vient de se passer là; tout le monde le devine excepté le sorcier. Des coups lui tombent dru sur les reins et sur les épaules; des poings rustiques lui écrasent la face: alors il commence à comprendre.
—Bonnes gens, je vous assure...
On ne l'écoute guère. La vierge des champs se relève, avec l'aide des femmes qui sont arrivées tard pour rabattre sa jupe, et elle geint, elle cache ses yeux derrière ses poings, elle s'efforce de pleurer, de parler, et elle bredouille des mots salés de larmes.
—Est-ce que ça y est, dis?