—Comme vous dites: ça doit être vite fait.

—Oh! oui, ça va vite. Il sait bien travailler, le bourreau, et il n'est pas méchant. Seulement, moi, j'ai beau en voir, depuis le temps, je ne peux pas m'y faire, et ça me touille, cette idée-là qu'un homme est dans la maison, tout vivant, et que tantôt il n'y aura plus personne, rien qu'un tas.

—On appelle ça «la dépouille mortelle».

—Juste! Alors, moi, chaque fois qu'il y a une exécution, la nuit d'avant, c'est plus fort que moi, je me tourne dans mon lit, et je me retourne, et je pense au pauvre gars qui est tout seul dans son coin noir, autant dire un chien malade, et qui attend l'heure, sans qu'une âme lui parle, tout seul, quoi! Alors, à force, j'ai inventé de venir; alors, je viens, comme ça.

—Pour lui tenir compagnie?

—Juste!

—C'est gentil de votre part.

—Non: c'est quelque chose, dans moi, qui me commande...

—On appelle ça «le cœur». Vous avez bon cœur?

—Je sais pas comment j'ai le cœur, mais je crois bien que c'est le cœur gros: n'y aurait jamais de pendus, si ça dépendait de moi. Tout de même, une femme, y a des petites douceurs qu'elle peut offrir, n'est-ce pas, si elle veut bien? Qu'on soit une princesse, on n'aurait rien de plus, et ce serait tout pareil.