—Nigaud! C'est pourtant la meilleure façon de moins sentir la tienne.
—Il est bien vrai que je ne me sens presque plus souffrir, dès qu'on crie alentour.
—A la différence des autres hommes qui n'entendent plus crier, dès qu'ils souffrent.
—Ah?
—Comprends donc que les deux alternatives de la vie sont de souffrir et voir souffrir: sitôt qu'un pauvre diable est libéré de son mal, assez pour regarder autour de lui, qu'est-ce qu'il voit, sinon de la misère physique, morale? Et quand cessera-t-il d'en voir, sinon quand il sera rappelé à lui-même par l'impérieuse urgence de recommencer à geindre pour son compte? Vos gaietés ne sont que répits ou détentes, minutes entre parenthèses, minutes d'aveugles, que votre santé nécessite et que votre inconscience permet.
—Eh!
—Heureux les inconscients, parce que la sérénité n'est permise qu'à eux: mais ceux-là ne sont hommes que par la figure.
—Hi!
—Ne ris pas! Avoir conscience, c'est la rare vertu et l'exécrable don.
—Oh!