[XXXI]
IL DÉCIDE D'ALLER ENFIN VIVRE LA BONNE VIE
Aucun des deux agonisants ne mourut cette nuit-là. Sur le coup de midi, le médecin déclara qu'ils en réchapperaient, s'ils prenaient la poudre émétique; à Calame, on l'ingurgita de force, et à Polygène, sans qu'il s'en aperçût; mais l'un et l'autre, sans distinction, faillirent rendre l'âme avec leur médecine. Dieudonat leur tenait le front, et le poète lyrique jurait le grand serment, par tous les dieux, de fuir ces tourmenteurs dès qu'il se tiendrait en équilibre sur ses jambes.
—Savoir si on nous laissera fuir? Notre cas mérite examen. Ces tas de viandes provenaient-ils de vol ou de magie? Les Inquisiteurs vont nous chercher noise, c'est sûr!
L'imagination du Calamiteux, travaillant sur ce thème, entrevoyait des interrogatoires tout d'abord paternels, dont la douceur peu rassurante serait promptement suivie de la question ordinaire, à laquelle succéderait la question extraordinaire, préambule du bûcher final.
Pourtant le jour s'acheva sans encombre. Dès la nuit, Calame, à voix basse, communiqua ses craintes au sorcier, tandis que Polygène ronflait.
—Il faut nous évader d'ici, et sans traîner: le lieu n'est pas sûr. Ta jambe peut-elle te porter? Oui! Gagnons les bois, la montagne, les grottes: tu as de quoi manger partout.
—Ma foi non, je n'ai plus.
—Depuis quand?