—En vous voyant si bas, vous et l'autre, j'ai fait vœu de ne plus demander des nourritures pour moi ni pour personne.

—Peste soit du nigaud! Ame impulsive que tu es! Ne pouvais-tu consulter les gens raisonnables avant de faire un vœu qui les concerne? N'importe: j'ai l'habitude de vivre sans rôti et je ne suis pas du tout certain de vivre quand on m'aura grillé. Mais il va nous falloir emporter ce balourd, qui paierait pour nous trois. Secouons-le. Chatouille-lui les pieds.

L'homme à la barbe épaisse, réveillé en sursaut, ne voulut rien entendre:

—Je m'en irai point, tant qu'ils m'auront pas guéri.

—Mais songe donc, mangeur de cormes, qu'ils te guériront avec des fagots et des bûches assaisonnés de poix-résine!

—Tant pire pour eux! Mais j'abandonne pas mes petiotes, bien sûr.

—Tes petiotes et ta femme te rejoindront où tu seras.

—On est habitué ici: j'ai la chaumière de mes vieux. Je mourrai ici et pas ailleurs.

Dieudonat, sans l'avouer, trouvait tout cela très bien dit, et que Polygène n'était pas si stupide. Pour un peu, il l'eût admiré.