Il risqua timidement:
—Je ne veux pas abandonner celui-ci, quand vous dites qu'il paierait pour moi. Il faut que je reste avec lui.
—Tu as raison et j'ai raison. Bonsoir. Je m'évapore. Au revoir, mon gars. Tu es une bonne petite chose d'homme; j'ai eu plaisir à te connaître. Je ne vivrai pas bien longtemps, moi non plus, et peut-être qu'on se retrouvera dans la fosse commune. Je t'ai promis ton épitaphe: je te l'apporterai. Pense à moi, un dimanche, si l'Official t'en laisse le temps.
Le Calamiteux agrippa quelques hardes et se vêtit tant bien que mal; après une courte embrassade, il se faufila dans la nuit, à pas de loup. Dieudonat pleurait, en le voyant partir, déjà mangé par les ténèbres, et Polygène s'étalait avec délices, en songeant qu'on ne serait plus que deux au lit.
L'affaire eut des conséquences tout autres que l'homme d'esprit n'avait pensé. Les Inquisiteurs ne parurent point s'en émouvoir, ou ils usèrent de clémence; des voix timides racontèrent que le Fiscal, en sa bonté, daignait étouffer le scandale. Toujours est-il que Dieudonat et Polygène, incriminés de simple tapage, se virent doucement expulsés; on les déposa sur le bord du ruisseau puant; et l'hospice referma ses portes derrière eux.
Le couvreur protestait; quand il crut avoir suffisamment martelé à coups de poing les pentures de l'huis et imploré sa guérison, il s'assit sur la borne et se mit à geindre:
—Qu'est-ce qu'elles vont devenir, les petites et la femme, si je ne peux plus travailler? Tu avais bien besoin, toi, de me faire manger de la caille!
Dieudonat contemplait ce désespoir:
—J'ai fait du beau! Comment réparer cela? Je ne peux même plus, à présent, leur envoyer du pain.