—Embrasse-le pour la peine! J'admets pas qu'on juge mes actes. Appelle tes marmots et qu'on fête mon rebouteux.

Dieudonat ne reconnaissait plus le geignant Polygène, auquel une brusque santé avait rendu trop de vigueur. Il se leva, confus, pour recevoir le baiser de bon accueil que venaient lui apporter la femme et les fillettes. Pendant ce temps, sous le manteau de la cheminée, l'ouvrier serrait entre ses bras une vieille en guenilles et lui criait dans l'oreille:

—Maman, il m'a guéri! Je remonterai sur les toits. Ça va être bon de vivre, maman!

Le bel ami de la belle Aude s'approcha pour embrasser l'ancienne, mais il se dépêcha un peu, car elle exhalait de toute sa personne une âcre odeur d'urine cuite. La politesse faite, il se tenait là, les bras ballants, et Mélanie l'examinait:

—Il n'est pas joli à voir, dit-elle. De vrai, il n'a pas l'air bien sorcier. Comment qu'il s'appelle?

—Onuphre.

Le cousin Onuphre, pour se donner contenance, regardait la grand'mère, et tout à coup il vit les deux vieilles épaules sursauter par saccades, d'un petit rire osseux; l'œil, émerillonné entre ses chassies, désignait l'escalier dans le coin de la salle... Polygène avait monté par là, et du haut du grenier il appelait sa moitié pour y faire avec elle, en l'honneur du retour et de la guérison, un sixième enfant, sur la paille.

On soupa gentiment, d'un reste de bouilli. Onuphre était radieux. Il se répétait:

—Me voilà donc chez les bonnes gens...