—Monseigneur, je vais vous dire, c'est par l'arithmétique...
—Je ne connais pas l'arithmétique, mais il vous appartenait de la lui interdire, si elle est incompatible avec la notion des devoirs les plus élémentaires.
—Monseigneur, cet enfant-là est trop doué: il détruit tout!
—Bah, bah! C'est le Saint-Esprit qui le travaille; mais vous qui êtes le gouverneur, vous devez diriger son esprit.
—Il m'échappe, monseigneur, il va trop vite! Il n'a qu'à dire: «Je veux comprendre», et il comprend! Il comprend trop, il comprend tout, les causes finales et les causes originelles, les conséquences et les subséquences, tout, monseigneur! «Je veux comprendre.» Ça y est! Son vœu se réalise, et rien ne lui résiste. Grâce au Diable, sans doute, car il raisonne, monseigneur! Pas une vérité n'y peut tenir: l'hérésie le guette, monseigneur!
—Donnez-lui des calottes.
—Il les reçoit avec une douceur angélique, monseigneur, et sans jamais se fâcher ni bouder; il est même ravi, quand je le gifle, parce que cela prouve, dit-il, que je n'ai plus rien à répondre et que son jugement est bon.
—Empêchez-le de lire.
—Je vous assure, monseigneur, que les livres ne l'ont pas perverti; je n'en possède guère, mais ils sont de bons livres, et parmi ceux que je lui offre, il ne tolère plus que la géométrie et l'Évangile.
—Vous voulez dire «Les Évangiles...»