Dieudonat devint encore plus triste: la tête inclinée vers la poitrine, et la paupière baissée sur son œil unique, il tombait en de longs silences, pendant lesquels il évoquait ses actes d'autrefois, par pénitence. Mais le présent glissait autour de lui, sans susciter en lui autre chose qu'une commisération volontairement vaine et totalement désolée, car la notion des choses révolues ne lui permettait plus l'espoir de remédier au mal des choses imminentes. Toutes ses forces renonçaient.

Chaque jour, en arrivant sous le porche, Calame le retrouvait pareil; debout devant lui, il le contemplait sans rien oser lui dire, et, chaque jour, en revoyant ainsi le nabot immobile, il se remémorait la phrase de Paracelse: «Tous ceux qui, en n'importe quoi, ont dépassé la mesure, tombent dans le désespoir».

Ensuite, il s'asseyait. Dieudonat au milieu, Calame à droite, Noiraud à gauche, ils restaient des heures sans bouger, sans parler. Parfois, le souverain sans trône poussait un soupir; entre temps, la voix de l'aveugle psalmodiait son antienne...

Cette langueur dura tout un mois, au bout duquel un grand bruit se fit sur la place: les troupes se rangeaient devant le parvis; la foule accourait par toutes les rues.

—Qu'est-ce donc? fit le Prince.

—Ils viennent, dit Calame, pour l'amende honorable de la Reine Gaude.

—Non, non! Je ne veux plus! Je ne veux pas voir ça!

A ce moment, le sculpteur répétait: «Ayez pitié d'un pauvre aveugle». Mais presque aussitôt il s'écria:

—Je vois clair!

Et dans l'instant d'après il ajouta: