[VII]
L'HÉRITIER PRÉSOMPTIF D'UN TRÔNE DÉCOUVRE UNE MEILLEURE CARRIÈRE
Le prieur médita, consulta son chapitre, et fit savoir au souverain que sept années d'études solitaires ayant exaspéré l'orgueil du jeune prince, la nécessité s'imposait de recourir à des remèdes nouveaux pour ramener cet esprit aux sentiments d'une humilité plus chrétienne.
Ces nouvelles tombèrent à la Cour comme la pluie sur une grenouillère: un grand tapage en résulta. La colère du Duc s'était bien un peu assoupie, avec le temps; mais dans l'âme marécageuse des sots, les rancunes de la vanité ne dorment jamais que d'un sommeil léger, toujours prêtes à coasser au moindre bruit qui les réveille: celles de Hardouin sursautèrent.
—Ah! le pendard! le mécréant! Ah! l'incorrigible hérétique! Ladre sans cliquette! Ane sans bât, chaperon sans tête! Un avorton qui n'est même pas capable de monter à cheval se mêle d'avoir des idées! Je t'en donnerai, moi, des idées! Je te montrerai de quel bois je me chauffe! Je me nomme Hardouin-le-Juste!
Le bâtard renchérissait:
—Assurément, mon frère cadet est brûlé par l'orgueil; tout ce qu'on peut espérer de lui, c'est qu'il fasse son salut dans un cloître, et cela encore lui sera difficile, avec les doctrines qu'il professe; hors de cet asile, il ne saura que nuire et répandre parmi vos peuples des erreurs dangereuses.
—Cornes de Belzébuth! Cela est sûr, criait le Duc.
—Voire, disait la Duchesse. Comment serait-ce possible à un enfant doté par tous les saints?
—Doté par le diable, madame! Sachez que les enfants trop bien doués font le désespoir des familles.