Rien n'est tel que de se mettre d'accord, et l'union fait la force; cette organisation précise eut le résultat qu'on pouvait espérer: les saintes et les saints se laissèrent fléchir par l'unanimité touchante d'un peuple entier; ils jugèrent qu'une si rare entente devait être récompensée, ne fût-ce que pour en donner l'exemple aux peuples à venir, et ils intercédèrent. Dieu les écouta. L'enfant se fit garçon, puis, jour par jour, pendant les mois de la gestation, chaque sainte et chaque saint, à sa fête annuelle, apporta les vertus qu'il possédait en propre: les qualités de l'esprit aussi bien que celles du cœur arrivaient numérotées et se classaient dans le petit bonhomme avant même qu'il fût né. Il reçut également les avantages physiques: santé, force, beauté. Pour toutes ces raisons, il parut convenable de l'appeler Dieudonat.
En même temps, et en prévision des besoins immédiats, les servantes de la Duchesse dressaient un berceau et cousaient des langes.
Mais le Diable, qui ne manque jamais à se mêler de nos combinaisons, surveillait ces préparatifs moraux et matériels; comme de juste, il s'inquiétait pour son Ludovic, dont les affaires allaient se trouver compromises par cette naissance: faute de pouvoir empêcher rien, il résolut de gâter tout, en ajoutant aux dons du ciel un présent de l'enfer.
Il dressa son plan: la Duchesse devait se charger de l'avertir elle-même, quand les premières douleurs lui arracheraient un cri, car nos cris de douleur sont le pain quotidien du Diable, qui n'en perd pas un seul. Dès qu'elle cria, il accourut. Profitant du désarroi qui régnait dans le château, il se présenta sous les traits d'une vieille mendiante. A cette époque, les souveraines accouchaient en public, pour éviter les substitutions d'enfants, et l'accès de la chambre natale était permis à tous; le Malin pénétra sans difficulté dans la salle d'honneur où la châtelaine gisait sur son lit d'apparat: se faufilant parmi les chambrières, il vint jusqu'auprès du berceau, et là, il joignit hypocritement les mains avec un air d'admiration, fit couler deux larmes sur la peau ridée de ses joues, et dit:
—Moi aussi, je veux te faire un présent, cher petit, et voici mon présent: tous tes souhaits seront exaucés irrévocablement.
Qui fut bien étonné, d'entendre ces paroles? Le Duc, et la Duchesse, et les serviteurs. On crut que la vieille dame était une fée, et peut-être même la Madone. Songez donc! «Ses vœux exaucés, tous ses vœux!» Quelle aubaine! Les empereurs n'en ont pas tant, ni le pape de Rome!
Le Duc se rapprocha de la vieille:
—Ai-je bien entendu, ma Dame? Les vœux de notre enfant se réaliseront, tous ses vœux?
—Oui-da, fit le diable, irrévocablement!