—Hélas! l'église inachevée dont j'admirais la brave ascension, qu'en reste-t-il? Et de la bibliothèque où s'entassait toute la pensée des siècles, et de la cellule où la misère de notre esprit s'est révélée à moi, et des cuisines où j'ai appris à connaître le bienfait d'un travail manuel, que reste-t-il?
Des flammèches et des étincelles s'élançaient toujours du brasier, et tourbillonnaient en nuées; sur le ciel qui commençait à pâlir du côté de l'Orient, des torsades de fumée opaque s'enroulaient dans la brise et fuyaient avec elle.
—En lumières, les livres s'envolent! En ténèbres, les livres planent! Les feuillets noircis sont oiseaux! Les grandes idées sont nuages! C'est de l'effort accumulé que le vent charrie sur ma tête et qui va retomber en poussière, disséminée aux quatre coins du monde! C'est de la pensée en cendres, bonne désormais à salir un brin d'herbe! O néant, néant de l'effort!
Dans la nuit finissante, le moine eut froid et grelotta. Enfin, le soleil parut; les flammes qui achevaient de mourir, clartés de tout à l'heure, devinrent obscures sous le resplendissement des rayons qui doraient la campagne.
—Oui, oui, c'est dit! La pensée de l'homme n'est une lueur que pour la nuit; mais quand le plein jour tombe sur elle, elle n'est plus qu'un brouillard terne.
Il se leva.
—Cette leçon-là aussi, je la comprends, mon Dieu, et je sais où aller.
Une âme exaltée l'inspirait. Tout debout sur la cime, dans sa robe de bure, il étendit les bras et sa silhouette aux larges manches se découpa au milieu du ciel matinal, comme celle d'un aigle qui va prendre son vol.
D'un dernier regard, il embrassa le pays qu'il allait quitter pour toujours; le couvent n'était plus qu'un monceau de charbons d'où s'échappaient des bouffées rousses.
—Adieu, maison! Tu fus une demeure paisible: voilà ce que les hommes font de la paix d'autrui...