Il battait l'air de ses deux mains ouvertes et humait l'odeur des charbons.
—La paix d'autrui, voilà ce que j'en fais moi-même! J'apporte le désastre chez ceux qui me recueillent, et pour cela, mon Dieu, il suffit que je diffère de vos autres enfants par ma naissance et par vos dons. Le malheur s'attache à celui qui ne ressemble pas à tous; il est nuisible à son insu! Des ruines se sont faites en moi, pendant que j'étudiais dans les livres, et des ruines autour de moi, pendant que j'épluchais les carottes. L'être d'exception ne peut vivre qu'en solitude! Conduisez-moi dans le désert, mon Dieu, et permettez que je n'analyse plus rien, puisque l'analyse m'égare. Pour que je vive en paix, faites que je redevienne simple, et pour que je cesse de nuire, faites que je demeure seul!
Ses bras retombèrent, sa tête s'inclina vers sa poitrine, et celui qui, tout à l'heure, semblait prendre son essor, comme un aigle, s'abattit sur les genoux, comme un homme.
[X]
DIEUDONAT REFUSE DE SE CROIRE INDISPENSABLE
Tout porte à croire qu'il pleura, car il était sentimental; enfin, il se leva, et descendit le versant opposé de la roche.
—Où irai-je? Peu importe, pourvu que je quitte le royaume de mon père!
De nouveau, il marcha sous bois, pendant des heures. Au sortir de la forêt, il se trouva sur une colline, dernier contrefort des montagnes; devant lui se déroulaient d'immenses plaines. Il avait plu, dans ce pays, et le vent sentait bon.