—N'est-ce pas ici la frontière?

Il se croyait loin, mais jamais on n'est aussi loin que l'on pense des choses qu'on voudrait éviter. En bas du coteau, une nichée de toitures était douillettement blottie dans un nid de vergers, et l'église, au milieu, se haussait pour veiller, comme la mère des maisons. Il admirait le recueillement de cet endroit joli, lorsqu'il en vit sortir une troupe d'hommes qui grouillaient avec animation, et qui accoururent vers lui.

Ces paysans étaient armés de faux, de socs de charrues, de fléaux, et avec la même fureur que le proscrit avait déjà vue aux soldats de son frère, ils criaient les mêmes menaces, où le nom seul était changé:

—A mort, Ludovic! A mort!

Un citadin, mieux vêtu, marchait à leur tête: ils rejoignirent le moine, l'entourèrent, et tous lui parlaient à la fois:

—Vous arrivez de la Fortunade? Le couvent est en feu? Vous avez traversé la forêt? N'avez-vous pas rencontré Dieudonat? Ses ennemis le cherchent pour le tuer!

—Je sais.

—Il n'est pas mort?

—Non.

—Vive Dieudonat! Nous le ferons Duc! Nous le ferons Roi! On pendra Ludovic et ceux qui conspirent avec lui! Nous trouverons notre Dieudonat et nous l'assiérons sur le trône!