—Je dépenserai les autres, ce qui me permettra de n'être jamais chiche, et de faire largesse. Tu verras, mon ami; vous verrez, sire moine, qui de nous deux aura raison: je vous prends à témoin, et même à témoin de ma noce, car j'entends, vive Dieu! que vous assistiez à cette fête-là, puisqu'elle sera la première.
—Ah! fit le Prince, vous vous mariez, monsieur?
—Oui, certes!
Ruprecht ne haussa qu'une épaule; ses yeux ne fulguraient plus guère. Gontran ajouta:
—Oui, sire moine, j'ai opté pour le droit chemin, moi, parce que le droit chemin est le plus court chemin: je me marie.
—Bientôt?
—Pas avant quelques mois; un semestre, je pense, sera nécessaire pour aplanir plusieurs difficultés que j'entrevois: résistance du père, insuffisance momentanée de ma situation. Tout s'arrangera.
—La jeune fille vous attend?
—Vous l'avez dit! Elle m'attend, bien qu'elle m'ignore, tout comme je la cherche sans la connaître; car je suis catégoriquement résolu à l'épouser sans retard, mais il importe que tout d'abord je la découvre, et, pour cela, j'ai d'elle un signalement très précis: elle est riche, fort riche, jeune à moins qu'elle ne soit mûre, brune ou blonde et peut-être rousse, grande ou petite, jolie ou laide. Voilà son portrait, sire moine, de ressemblance frappante; si vous connaissez sa demeure, conduisez-moi, et, pour le surplus, je m'en charge: la mignonne m'adorera, car je saurai bien l'en convaincre. Besogne d'autant plus aisée que je ne prétends pas à l'amour éternel. Rien ne dure, mais tout a duré suffisamment, si l'on a su mener ses amours jusques à l'autel.
—Et ensuite?