—Ensuite? Advienne que pourra, cavalier! En selle pour la vie! Quand une femme m'aura mis le pied à l'étrier, je la tiendrai quitte du reste.

Le capitaine des brigands, affalé sur la table et les paupières à demi mortes, regardait son ami d'un œil trouble, en hochant la tête; à travers les poils et le vin de sa moustache, il grogna une injure dont le moine ne comprit pas le sens, n'ayant lu ce substantif que dans les précis d'ichtyologie. Gontran d'Avatar, au lieu de s'offusquer, battit des mains.

—J'en accepte l'augure, mon vieux, et, dans une couple d'années, je t'apprendrai par mon exemple ce que vaut le métier, quand il est professé par-devant Dieu et les notaires! Je serai bourgeois et juré, administrateur des sociétés financières, échevin et capitaliste, commandeur de Saint-Jacques! J'aurai mes valets, mes flatteurs, mes chasses, mes carrosses; j'offrirai des fêtes aux princes et des primes aux inventeurs; j'encouragerai les arts, les sciences, et la vertu; je serai considéré, mon cher, et considérable!

Ruprecht-le-Camard s'endormit sur son bras replié. Gontran-le-Coquin, que l'ivresse portait aux confidences, se rabattit sur le moine et lui développa ses projets pendant une heure encore; mais, tout à coup, il eut la sensation de parler devant un auditoire inutile, et de travailler sans profit; aussitôt, il se leva fort poliment, tendit la main droite, salua d'un brusque déclanchement de la nuque, sourit, montra ses blanches dents une dernière fois, et alla s'étendre sur une natte.

Dieudonat restait seul, debout au milieu de la salle.

—J'ai entendu, ce soir, les deux conquérants de la terre; mon Dieu, vous m'avez fait toucher du doigt les deux forces qui règnent sur ce monde: la Violence et l'Intrigue. Je ne suis pas né pour ce monde.

Le cœur lui battait dans le torse.

—Hors du monde! Hors du monde!

Il s'éloigna de la table, et, dans la vague lueur des torches, il se mit à marcher vers l'issue.

Une sentinelle l'arrêta: