Mais pourquoi fallait-il?

—Parce que Dieu voulut.

—Pourquoi Dieu voulut-il?

Fort embarrassé d'avoir ramené ainsi au Créateur l'origine des perversités animales, l'entomologiste se demanda si, par hasard, il n'errait point en considérant comme des vices ce qui était des commandements divins.

—A ceux-là, ordre de faire; à nous, ordre de ne pas faire; et les deux volontés contradictoires émanent du Maître commun, c'est-à-dire d'un principe unique. Or, Dieu ne peut pas se contredire, puisqu'il est Dieu; et puisque je ne comprends pas, c'est donc que tout simplement je suis un imbécile: je le savais déjà.

La certitude de n'être point subtil n'a jamais empêché un homme d'entreprendre des besognes intellectuelles: Dieudonat fit tout comme un autre et résolut, pour l'honneur du bon Dieu, de découvrir, ou tout au moins de rechercher les bases d'une morale naturelle. A cette fin, il entreprit d'étudier avec précision, avec méthode, les mœurs et caractères, non seulement des insectes, mais de tous les animaux présents autour de lui; également, il surveilla les gestes des plantes, et ne fut pas très surpris de constater qu'elles possèdent, à un degré moindre, des sensations identiques à celles du règne animal, et des instincts, des volitions, des vices, ma foi!

—La Création est décidément fort complexe.

Ainsi engagé dans son essai sur la morale universelle, Dieudonat s'empêtrait et le travail n'avançait point. Chaque fois qu'il pensait avoir édifié une loi générale, basée sur des faits patents, d'autres faits tout aussi patents venaient la démolir en hâte, pour en proposer une nouvelle, absolument contraire.

—Ma parole, les bêtes me traitent exactement comme les philosophes; plus elles me renseignent, moins je comprends ce que j'apprends.