—Le mal que j'ai pu faire à autrui...
—Il ne compte guère, hein? Et quand il est fait, vous tournez le dos: «Bonsoir, la compagnie, et crevez à votre aise!» Vous vous en allez à la montagne, au bord d'une source, bien tranquillement, avec les petits oiseaux. C'est commode! Et moi je viens vous dire: «Où qu'elle est, votre conscience!»
Dieudonat commençait à baisser la tête et devenait honteux; la femme en prit avantage, et parla plus net:
—Voilà! Il n'y a pas de pain à la maison. J'ai tout vendu pour faire manger mes petits, et je n'ai plus rien à vendre, que mon aînée qui va sur ses seize ans. Si elle tourne mal pour nourrir sa vieille mère, ce sera votre faute, et vous emporterez ça en paradis, avec le reste!
L'anachorète sursauta d'horreur:
—Combien vous faut-il, pour sauver cette âme de vierge?
—Mon mari gagnait deux cents écus par an.
—Ayez donc vos deux cents écus: je le souhaite. Ainsi soit-il.
Aussitôt, la veuve sentit sa poche lourde, et elle plongea sa main dans les guenilles, pour en tirer l'argent qu'elle se mit à compter, accroupie sur l'herbe sauvage. Dieudonat la contemplait avec tristesse. Enfin, la vieille releva la tête: