C'était là un thème relativement neuf, du moins pour un ascète: il s'en amusa un moment; mais des envies de remuer lui tracassaient les jambes, comme si l'approche d'une créature humaine eût réveillé en lui le goût de l'agitation. Il marcha et se mit à rire:
—Cette excellente dame était peu sympathique, et je n'oserais affirmer qu'elle a eu un mari, ou qu'elle a des enfants, mais je suis bien sûr qu'elle a de la joie, et cette joie est mon ouvrage.
Il soupa de bel appétit, et se coucha d'un cœur plus aise qu'à l'ordinaire; ce soir-là, son lit de foins et de fougères était moelleux et sentait bon.
—Je n'ai pas perdu ma journée, Titus, puisque j'ai fait un peu de bien; et ma journée sera meilleure encore, s'il est vrai qu'en faisant du bien j'ai aussi réparé du mal.
Une voix lui soufflait: «La vieille t'a menti, nigaud».
—Nenni! Point! Je croirai la vieille, je veux la croire et j'y gagne. Car mon bien-être de ce soir est indéniable, et malavisé je serais, de consentir à le gâter. J'ai satisfait ma conscience. Eh, eh? La vieille me l'insinuait tantôt et cela n'était point stupide: qui sait si notre conscience n'est pas tout simplement la somme de nos actes? J'entrevois là une définition plausible: «La Conscience est le total du Passé».
Ravi d'avoir trouvé encore une formule, il s'assoupit sur elle avant de l'avoir discutée, et quand vint le moment de découvrir que cet aphorisme était tout aussi faux qu'un autre, il ronflait.