— En temps de paix, chérie! Mais il faut s'en aller. Pars!
— Je t'aime!
— Et moi aussi, je t'aime! Adieu, va… Adieu!
Il lui tenait la tête, à deux mains, et lui baisait le front près des cheveux, lui baisait les paupières et le cou, s'enfouissait le visage dans les cheveux défaits, en répétant sans cesse : « Adieu!… Adieu!… »
Mais à son tour elle lui prit la tête et le regarda dans les yeux, tout près, avec des prunelles de folle, et elle lui parla sur la bouche :
— Je t'aime, je reste!
Sur la réponse qu'il allait faire, elle colla ses lèvres.
Miguel l'enlaça : elle était cambrée contre lui, la tête renversée sous la pression de leur baiser, et ses cheveux lui pendaient dans le dos.
Chiquet rôdait alentour, et vit la scène, car Miguel n'avait pas pris le temps de pousser la porte derrière lui. Le matelot pensait que son maître, en cette circonstance un peu bizarre, aurait à lui donner des instructions spéciales, et il les attendait : il se décida à frapper, ne fût-ce que pour attirer l'attention du commandant sur la porte qui restait ouverte.
Il raconte que son chef, en l'apercevant, parut sortir d'un rêve, et que, de nouveau, il se mit à supplier la dame de partir, essayant de lui démontrer que sa place n'était point là ; mais elle s'était blottie dans le creux de son épaule « comme un petit enfant dans une niche », et elle restait sans répondre, secouant seulement la tête pour dire « non », et, en refusant d'obéir, elle souriait, dit le marin, pour montrer mieux qu'elle était décidée à ne pas bouger.