— Cinquante-six heures.
J'ai les nerfs agacés, harassés : rien ne m'intéresse. D'ailleurs, le ciel est chargé de nuages, et l'air lourd. Ils ne savent pas que le soleil vient de se lever, ni qu'ils sont à leur cinquante-septième heure. Au dire des médecins, trois jours de soif rendent un homme fou : les tortures se font si aiguës, qu'on se tuerait, pour en finir!
— Midi… Soixante-deux heures…
Sûrement, un orage se prépare : j'entends la foudre, très loin, du côté des montagnes ; elle est très loin, mais je suis sûr que je l'entends.
J'étouffe. Mes nerfs sont surmenés plus que je ne pensais. Et les leurs, dans le trou? Car les miens ne sont las, en somme, que d'évoquer la torture des leurs… Il n'éclatera donc pas, cet orage, à la fin, pour qu'on sache? Eh oui, pour qu'on sache! Depuis ce matin, il faut bien l'avouer, je ne sais plus. Qu'est-ce qu'il dit là-bas, le tonnerre? Est-ce à moi qu'il parle, ou bien à eux? Ils ont déjà terriblement souffert, là-dessous, assez souffert, peut-être, pour que le châtiment suffise…
— Soixante-quatre heures.
Être mort, n'être plus : supplice? Non. Le supplice, c'est de la voir venir, la mort, et de la sentir qui approche, seconde par seconde : cette angoisse-là, ils l'ont eue, certes, et je me demande : si je les relâchais, à présent, serait-ce lâcheté ou justice?…
— Ce que j'ai fait est bien!
Mais, ce que je vais faire? Ce qui va arriver?
— J'avais le devoir!