— Je suis pas un soûlaud, Anne-Marie! Je suis un marin! J'ai mon bateau, bon bateau, qui a gagné trois prix aux régates, et tu peux demander, si tu le sais pas. Un marin, pas un soûlaud! Faut pas dire ça, Anne-Marie!
— Reste assis.
— Je veux pas m'asseoir! Je veux que tu dises que je suis un marin!
— Tu es un marin. Assieds-toi.
— Et puis, je veux que tu dises que tu seras ma femme, Anne-Marie! Tu entends? Faut dire ça! Dis ça!
Elle s'était garée derrière la table qui servait de comptoir. Le mâle, debout en face d'elle, les poings appuyés sur le bois, tendait en avant son buste et sa face congestionnée ; la femme, adossée à la muraille, en arrêt et sûre de sa force, le contemplait, sans bouger, sans répondre, et leurs yeux fixes se dardaient des regards immobiles.
Soudain, l'ivrogne allongea ses deux bras, avec deux mains ouvertes vers la chair.
— … brasse-moi!
Son geste avait renversé des bouteilles, et le poing furieux de la commerçante s'écrasa sur son nez. Il perdit l'équilibre, roula ; puis, stupéfait d'être à terre, il passa lentement sur ses moustaches le revers de sa main, qu'il retira toute sanglante.
— Ah ben! fit-il.