— Oui bien, je sais : vous leur enviez ce travail de glisser dans mes frisons? C'est défendu, Monsieur! Regardez et ne touchez pas!
Avec de gracieuses mines, des torsions de cou, des gestes, des poses, elle s'attardait complaisamment à sa besogne provocante ; tout ce jeu ne tendait visiblement qu'à affoler un pauvre spectateur, et la coquette fille amusait son réveil avec la volupté de se faire désirable. Sans doute, les virginités obligatoires, dès qu'elles sont un peu savantes ou seulement curieuses, aiment à s'offrir des revanches : privées du fruit défendu, elles s'égaient de nous le présenter à leur tour, et se vengent en nous imposant la sagesse qu'on leur impose. En fut-il toujours de la sorte? Peut-être oui, peut-être non : tout va vite, même les filles…
— Vous ne perdez pas un seul de mes mouvements, monsieur Tantale, et je le sens! Avez-vous bien dormi? Ma présence vous a un peu gêné, pas vrai? Dormir à un mètre du paradis, c'est dommage, et je vous plains de tout mon cœur. La loi veut cela. N'est-ce pas que je suis belle?
Comme pour s'étirer, elle redressait son buste, en effaçant les épaules, cambrait la taille, et sa ferme poitrine s'acheminait vers moi.
— Bien tentant, avouez-le? Je le sais. Je me doute. Nous en savons plus qu'on ne pense.
— Et vous y pensez plus qu'on ne croit?
— A quoi penserions-nous si ce n'est à l'amour? Messieurs, le droit de vivre est-il donc votre monopole? J'attends la vie, et non sans impatience : j'ai déjà perdu bien des mois. Je veux aimer.
— Vous voulez surtout qu'on vous aime?
— Avouez qu'il ne s'ennuiera pas, celui qui sera Lui…
— Non, Mademoiselle, pas tout d'abord ; mais j'imaginerais volontiers que, dans la suite, il recueillera par vous quelque chagrin.