Et tout mon corps s'alanguissait. Un besoin de dormir faisait tomber ma tête par côté. J'avais trouvé pour elle une pose presque commode, le menton appuyé sur le crâne de la jeune fille. J'allais dormir, peut-être, quand un accès de toux me réveilla : les ressauts de la toux heurtaient ma tempe et mes côtes contre des arêtes de bois ou de métal. Une âcre vapeur de soufre et de laine brûlée me piquait les narines et m'astringeait la gorge. Il me parut que l'air était plus chaud et que le ronflement sourd, constaté tout à l'heure, se faisait plus précis, plus proche… Plus proches, aussi, les craquements…

— On brise les wagons, pour nous sauver.

Les voix, en effet, plus nombreuses que tantôt, parlaient, commandaient, appelaient. Elles aussi étaient pleines de frayeur. La température, indiscutablement, montait. Je toussais à de plus fréquentes reprises. Un picotement d'aiguilles travaillait mes narines, la cornée de mes yeux, le bord de mes paupières. Une larme glissa sur ma joue. Pourquoi? Dans la nuit, je croyais respirer des fumées. Alors, une idée horrible me passa dans l'esprit : « On brûle! »

— Oui, c'est cela! Le train brûle! La machine, éventrée, a mis le feu aux wagons! Ce ronflement, là-bas, c'était des flammes! Elles viennent!

Je suffoquais. Au fond du noir, devant moi, je vis des étoiles rouges qui crépitaient.

— Ah! brûler là dedans!

D'efforts désespérés, je m'agitais en vain, sur place, sans me dégager d'une ligne. Je criais : « Au feu! A moi! Au secours! »

Le ronflement se rapprochait, et le craquement multiple. Un grésillement s'y joignait, et devant moi, derrière, d'autres agonisants poussaient des cris pointus. Combien de temps cela put-il durer? Je ne sais pas. J'ouvrais la bouche toute grande, cherchant l'air pur, à droite, à gauche, buvant de la fumée. Je m'évanouis pour la seconde fois.

*
* *

Ce qui suivit, je le sais mieux : l'eau coulait sur moi en cascades ; elle me ranima. L'eau coulait sur ma tête, tiède d'abord, plus fraîche ensuite. Je respirais mieux. Des coups violents frappaient du bois, coups de haches ou de maillets, et des propos distincts s'échangeaient entre des hommes :