—Pense à ça; tu as quinze jours pour dire. Au revoir, Anne-Marie.

Il sortit aussitôt; car, après une proposition importante, il convient de ne pas s’attarder, crainte d’en dire trop long, et d’avouer ce qu’on désire. Pour ne pas insister lui-même, il intéressa Katic, cousine d’Anne-Marie, à ce projet de fête, et l’invita, sachant bien qu’elle en parlerait à sa place; il avisa Jean-Louis, son matelot; Scolastique, joyeuse commère, et Jeannine Belz voulaient être de la partie.

—C’est l’Anne-Marie qui fera patronne à bord; arrangez-vous avec.

Tout s’arrangea et le jour vint.

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Les quatre Bretonnes, bellement gréées, en robes noires, coiffes blanches, et châles de couleurs crues, portaient la chaîne d’or au col ou sur le ventre; leurs cheveux, fortement tirés sous le bonnet, tendaient la peau des tempes et des fronts, comme tambours, et les visages bien savonnés luisaient. Les deux marins, rasés dès l’aube, avaient reçu le vinaigre et la poudre d’amidon. Les faces étaient hilares, les yeux grands ouverts et brillants, les consciences légères, et on se promettait de la joie. Dès l’arrivée au cabaret de la veuve, chez qui on devait se réunir, toute la bande s’esclaffait déjà et criait fort.

—Pas de soucis, hein? pour un jour!

—Fiden-doué, non!

Toussaint lui-même oubliait son amour, à force de belle humeur et l’Anne-Marie, en regardant rire son ancien prétendu, confessait avec indulgence que, sauf la boisson, il n’était ni vilain gars ni méchant homme.