—En route!

Au moment de partir, un grain tomba. Pour prendre patience, Lekor offrit aux femmes une tournée de cassis arrosé de vermout; la cabaretière n’eut garde de protester. On fut plus gai.

—Faut pas traîner trop, tout de même, devers la marée. Je veux sortir avant le bas de l’eau: sans ça, contre le flot, on aurait du mal.

—Bah! y a bonne brise, Toussaint!

—De trop, peut-être! Mais, avec moi, Colastique, on peut aller. La Julie, capitaine Lekor! Jean-Louis, un autre vermout, pour nous mettre de l’huile aux bras! C’est moi qui régale.

Le grain passa; on courut embarquer, et la voile que les deux gaillards hissaient au mât, avant même d’être déployée, claqua de colère. Le capitaine la maîtrisa et s’assit à la barre avec le calme du dompteur.

—Tu vois, Colastique, rien à craindre! Je t’enverrai au Pardon sans que tu attrapes seulement une bolée d’eau.

Néanmoins, dès que la Julie eut dépassé la pointe du petit port et perdu son abri, un coup de vent la coucha: les femmes crièrent; Toussaint serra la barre contre ses côtes, et rit.

—C’est rien que ça, c’est du vent!

Il fallut prendre un ris, et la besogne était malaisée. Toussaint regretta en secret de n’avoir pas emmené un second matelot: il pouvait encore retourner à terre, et les compagnons de renfort ne lui eussent certes pas manqué; mais il avait en tête l’orgueil de garder ce lot de femmes pour lui seul, et quatre libations lui avaient chauffé le courage. Il se rassit en criant: «A Dieu vat!» et sa Julie emporta vers le large la chanson aigrelette des femmes et le rire gras des matelots.