Puis elle détourna son visage, et furieusement lança ses bras au cou de son nouvel amant.

Je faisais d'immenses efforts pour m'arracher de ma place, courir vers le lit: mais j'étais une statue de plomb, pour assister à leurs infatigables baisers, qui recommençaient toujours.

Je me disais: «Je dors, je rêve». Je tendais toute ma volonté, je crispais tous mes muscles, pour sortir du cauchemar, m'éveiller, me délivrer. Mais tout aussitôt, le spectacle d'amour me reprenait, par l'intensité de sa vie et l'atroce précision des gestes, qui m'imposaient de croire à leur réalité.


Comprenez-vous? J'ai trop bien vu: je ne peux plus ne pas voir. Je vois sans cesse.

Surtout quand elle s'abandonne, quand son haleine roucoule entre ses dents lumineuses, quand ses petits doigts se crispent pour s'agripper au ciel, quand son regard éteint coule entre les cils qui tremblent, je me rappelle!

Elle m'a trompé! Devant moi, malgré mes supplications, sans pitié pour ma torture, elle m'a trompé, et certes elle ne peut pas dire que je n'existais plus, puisqu'elle a souri vers mon souvenir, et qu'elle s'est souvenue pour mieux embrasser l'autre.

Alors, quoi? Rien ne dure? L'impossible est possible, et la foi, c'est un leurre? La foi, c'est un mensonge?

Le rêve seul, direz-vous, a menti? J'ai rêvé; rien de plus, et je tiens pour réalités les mirages d'une imagination qui délirait…

Oui, j'ai rêvé, et le rêve n'est qu'une idée. Mais la confiance n'est qu'une idée aussi, une simple conception du cerveau, née de moi tout comme mes songes, semblable à eux et n'ayant pas plus qu'eux une réalité tangible.