C'est simple: une idée a tué l'autre. La foi est morte. L'illusion de jadis, qui peut-être était mensongère, n'existe plus; elle est remplacée par une illusion nouvelle, qui peut-être est trompeuse. L'ancienne valait mieux, mais je n'ai plus le choix. Je n'ai jamais eu le choix: ceci s'est substitué à cela, sans mon consentement. Nous ne reviendrons pas en arrière. J'en souffre beaucoup.
Marguerite souffre autant que moi, et même davantage: je lui ai tout avoué, après m'en être longtemps défendu. Elle pleure, ce qui la vieillit imperceptiblement et la fait ressembler plus encore à la femme dont les yeux mi-clos se sont souvenus de moi, au moment…
C'est bien triste de songer qu'elle me trompera!
Cependant, chaque mois je souffre un peu moins, tandis qu'elle souffre un peu plus.
Je sais bien que je suis injuste, et je lutte. A force de lutter sans résultat, je m'énerve dans l'impuissance, et j'en garde contre la pauvre fille une espèce de rancune obscure.
Je crois que je l'aime moins. Elle le sent.
Notre bonheur est cassé. Un de ces jours, évidemment, on se quittera.
CURIEUSE
Voilà ce qui vous trompe! J'ai été amoureux: non pas à chaque printemps, comme vous, qui comptez par vos passions les années de votre jeunesse et qui changez d'amours autant de fois que les jardins changent de fleurs. J'ai aimé une femme, une seule, mais avec autant d'extase que vous avez pu en dépenser pour toutes les vôtres ensemble. Je l'ai chérie tendrement et désirée ardemment, mais ne l'ai jamais possédée, et l'histoire fut assez tragique pour me dégoûter de renouveler cette épreuve.
Comment cela me vint-il? Au bal.