—Pourquoi, Lucie?

—Je ne voulais pas, mais je vous aime.

Dès lors, tout changea. Ce fut, en la jeune fille, une joie de décision prise, et quelque chose comme la fin d'une lutte pénible. Une ombre, parfois, revenait encore sur ce petit front adoré, mais Lucie reprenait ses couleurs, et le goût de vivre, à nouveau, crépitait dans ses yeux. Cette renaissance nous comblait tous de joie: je devins un dieu pour l'excellente mère et pour le brave homme de père.

Le temps de nos fiançailles fut une époque délicieuse, si douce que je n'arrive à me la rappeler qu'avec épouvante.

Je suis bien sûr que Lucie m'aimait: de cela, je ne peux pas douter, je n'en ai pas le droit. Elle m'aimait de tout son cœur jeune, avec tendresse, avec emportement, avec reconnaissance, et même avec respect; que dis-je? même aussi avec de la crainte. Ma fiancée avait des alternances de joie et de tristesse, et sa joie était du bonheur, mais sa tristesse parfois ressemblait à de l'angoisse.

Elle me dit, un jour:

—Vous auriez bien de la peine, si je mourais?

Souvent, elle me baisait les mains; elle répétait souvent: «Pauvre ami…» Mais ensuite, elle riait, toujours un peu fébrile, et, comme aux premiers jours, m'interrogeait sur mille choses, avec une hâte nerveuse de connaître et de posséder.

C'est ainsi qu'elle exigea d'être conduite chez un de mes amis, médecin-major qui s'occupait de radiographie: elle voulait voir sa «tête de mort», et battait des mains à cette idée.

—Vous regarderez bien, pauvre aimé, et quand je serai dans la terre, vous pourrez mieux imaginer votre Lucie sous son nouvel aspect.