—Je dois partir.
Elle se roulait sur mon lit, et, toute tremblante, elle balbutia:
—Avant la mort, je t'en supplie, prends-moi toute, avant que je meure!
Mon Dieu! Comme cette prière était chaste, et douloureuse, et navrante! Je pleurais, moi aussi, de l'entendre s'offrir, dans l'affolement de son angoisse.
—Pour que je puisse te dire le secret de mon cœur, le secret qui m'emporte, prends-moi, et je te le dirai, si bas, si près…
Vous pensez bien que je n'eus pas la lâcheté de trahir cette détresse, en abusant d'une vierge. Elle proférait des paroles dénuées de sens:
—Je mourrai plus contente si tu connais ma peine et si tu m'as dit de mourir… L'ordre de toi, et je mourrai heureuse!
Ses petits poings battaient le lit, battaient son front.
—Pitié! Prends-moi! Je mourrai contente si je meurs de t'appartenir.
Je parvins à la transporter sur un fauteuil, où elle demeura, les bras pendants, la tête renversée, les yeux clos, la bouche entr'ouverte, et toute la face baignée de pleurs. A travers des sanglots, elle râlait: «Morte… je suis morte… je l'aimais pourtant bien… Je ne le verrai plus…»