Je la ramenai chez elle. La scène des adieux fut terrible. Lucie s'accrochait à mon vêtement. Elle criait: «Retiens-le, maman, si tu veux que je vive!»
Je partis.
J'appris sa mort, par le premier courrier qui nous vint de France. Je ne me marierai jamais.
Durant des mois, j'ai promené ma désolation sur les mers. Le monde était vide. L'horizon nu me navrait, à force de ressembler à ma vie.
A quoi bon changer de place et filer devant soi, puisque la compagne promise n'était plus au bout du chemin? Je ne concevais sans elle aucune existence possible. J'ai souhaité la mort. La mort ne vient jamais à ceux qui la demandent.
Nous rentrâmes en France. J'allai voir les parents de Lucie, qui m'embrassèrent en pleurant. A certains propos de la mère désolée, je crus comprendre que Lucie, elle-même, avait voulu disparaître… S'était-elle donc tuée? Je crus le comprendre, à certains propos de la mère. La pauvre femme avait compté sur moi pour l'éclairer; elle se torturait l'esprit à chercher une raison plausible du drame, à découvrir la cause.
Un jour, parce que la petite âme en avait exprimé le vœu, je résolus de développer le cliché radiographique. N'avait-elle pas dit: «Ainsi, vous me verrez telle que dans la tombe…»
Lentement, sur la plaque, apparut l'image du petit squelette, et je songeais: «Telle, en effet, tu gis maintenant sous la terre, pauvre chérie, sans avoir vu ta sinistre image que tu voulais connaître, ô curieuse qui voulus tout connaître, même la mort.»
Mais, tandis que j'examinais le cliché et que, de plus en plus nettement, la silhouette lugubre se dessinait dans les brumes, une horreur me serra la gorge, et je me penchai pour mieux voir…
Je doutai d'abord, et bientôt je ne pus douter plus longtemps. La vérité surgissait, précise, et je compris pourquoi Lucie s'était tuée avant mon retour.