Elle voulut répondre, mais elle ne trouva rien à dire, et je repris:
—Ne me démens pas! N'essaie pas de me démentir, même par charité, car je ne pourrais pas te croire! Penses-tu donc que je ne le connais pas, ton rêve, dont j'ai fait un désespoir? Il te ronge et tu dépéris. Je ne veux pas que ma petite Madeleine tombe malade, plus malade! C'est assez, c'est déjà trop! Tu permettras bien qu'on te sauve la vie! Il faut qu'on te sauve! Eh bien, nous le savons, que le remède, le seul remède capable de guérir Madeleine, nous le savons tous deux, c'est la maternité.
—Mais…
—Ne parle pas, je t'en supplie! Laisse-moi dire. C'est si difficile à dire! Madeleine, voilà des mois que je sais la vérité, en ce qui te concerne, et que j'y réfléchis, et que je discute avec moi-même, sans oser te parler. Il faut pourtant, Madeleine, que tu saches. J'ai tout examiné. J'ai bien pesé, vois-tu, les droits que tu m'as donnés sur ta vie, et qui me font un devoir de te protéger contre tous, même contre moi, même contre toi. Tu comprends bien, Madeleine? Que je doive te sauver, c'est facile à comprendre. Mais alors, aujourd'hui, on me déclare que jamais je ne te sauverai, moi, et qu'il m'est défendu de l'espérer, quant à moi… Alors, Madeleine, il faut que…
—Que?
—Que j'y renonce, à cet espoir! Je t'aime bien, petite Madeleine, je t'aime assez pour renoncer à mon bonheur, car c'est un bonheur égoïste.
—Tais-toi!
—Assez pour te rendre libre comme tu l'étais, et m'éloigner, s'il le faut…
—Jacques!
—Et tu pourrais recommencer ta vie…