—Oui, répondis-je, plus tard…
J'y croyais un peu, pas beaucoup: sait-on ce qu'on croit et ce qu'on ne croit pas?
J'appris avec bonheur que la santé de Madeleine s'améliorait de jour en jour.
L'hiver suivant, ma femme reparut dans le monde, et cela me surprit un peu: je l'avais connue casanière, et jalouse de recueillement.
—C'est étonnant comme elle change, disait son père.
Elle dînait en ville, suivait les spectacles, assistait aux soirées dansantes, et dansait…
Puisqu'elle semblait jouir de l'existence adoptée par elle, n'était-ce pas au mieux? Je me disais: «Elle n'est point heureuse, mais, du moins, elle s'amuse, elle se distrait. Je suis seul à souffrir, et c'est une consolation.»
Elle avait interdit de prononcer mon nom; elle ne parlait plus de moi et même paraissait ne plus penser à moi.
J'attendais toujours, et je travaillais pour penser moins.
Au bout d'un an, je sus que la pauvre chérie devenait de plus en plus mondaine, joyeuse de tout, accueillante à tous les plaisirs; d'elle, on citait des mots alertes, et souvent même un peu légers.